Entretien avec François Verret

TRIBUNES

Creuser. Inlassablement.

François Verret, le titre de ce travail en cours, « Chantier 2014-2018 », évoque fatalement le premier conflit mondial : ce rapprochement est-il pertinent ?

François Verret. Attention, je ne voudrais pas qu’il y ait de malentendu : ce n’est pas « Chantier 14-18 », mais bien « Chantier 2014-2018 ». Dans ce cadre, notre horizon de travail tourne autour d’une sensation : celle d’un oubli, voire d’un déni général, que notre époque encourage : l’époque simplifie à l’extrême les événements du passé. On pourrait dire qu’à force de vouloir aller vite, à force de vouloir à tout prix aller de l’avant, ces simplifications deviennent si courtes qu’elles en sont dévastatrices ; elles trahissent !
La trahison… vaste sujet !
Un ami me disait récemment : « Nous devrions mettre sur le fronton de nos maisons d’Art et de Culture : Ce que les vivants doivent aux morts… » Cela serait peut-être trop intimidant, voire inhibiteur, mais l’idée est juste, et à creuser.

Quoi qu’il en soit, un retour sur le passé s’impose. Nous devons interroger ce qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui. Et où en sommes-nous, au reste, sinon dans la répétition – la continuation du même ? Il nous revient donc de chercher ce qu’il en est exactement, et de se poser la question de la réversibilité de la situation.

Heiner Müller avait à ce propos une pensée très juste : en substance, la guerre 1914-1918 s’est prolongée jusqu’en 1945, sans toutefois s’arrêter tout à fait : la guerre froide n’en est-elle pas une suite, en effet ? Qui la fait durer jusqu’à la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS… Et ensuite ? Ensuite, cette guerre, toujours mondiale, s’est transformée en guerre Nord-Sud : c’est la « guerre économique » que nous vivons aujourd’hui…

Au travers ce « Chantier 2014-2018 », notre propos est simple : pour ceux et celles né(e)s en l’an 2000, qui auront entre 14 et 18 ans dans les prochaines années, que reste-t-il de ce très court XXe siècle, qu’on qualifie souvent d’« âge des extrêmes » ? Quelle(s) image(s) en ont-ils ? Que leur transmet-on ? Quel est notre « héritage » ? Qu’avons-nous appris ?
Voilà donc notre point de départ.

Nous en sommes aux bégaiements de ce chantier (que nous travaillerons durant cinq ans !) dans lequel nous aimerions radiographier ce qu’il advient à notre humanité depuis ce premier grand conflit mondial. Ce très court xxe siècle aura effectivement été un siècle de guerres et de révolutions, mais aussi de gestes scientifiques et artistiques assez extraordinaires – qui se sont incarnés dans des mouvements comme Dada, Bauhaus et bien d’autres…

Pour autant, nous ne pouvons offrir que notre regard personnel sur le passé, le regard d’artistes âgés de 30 à 75 ans, qui interrogent leurs mémoires intimes, collectives et politiques, et les multiples formes d’amnésies que notre époque génère et cultive. Notre intuition première consiste à réanimer, à réactiver quelques réminiscences ou remémorations du passé, à évoquer certaines visions qui nous habitent, et surgissent sous forme d’hallucinations ou de flashs… Bref nous jouons et interrogeons la mémoire et ses distorsions : quels sont ces spectres qui nous hantent ?

Lire l’intégralité de l’entretien.

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